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jeudi 17 mai 2012

Les némertes

Les némertes sont des organismes très originaux puisqu'ils ressemblent grosso modo... A des vers. Oui, sur ce blog il va falloir vous y habituer dès qu'on parle d'animaux peu connus. Ils font en effet parti des nombreux groupes d'animaux dits "mineurs". Et oui, la plupart des groupes sont mineurs chez les animaux ! Quelle étrange appellation dans ce cas ! Ben oui, du coup ils ne sont pas mineurs ! En effet, même s'ils s'avèrent discret, dans la mer ils sont très communs dans le sédiment et sous les rochers. D'ailleurs je vais vous en poser une... Quel est le plus long animal actuel ? Enfin, si je vous demande ça ici ce n'est pas pour que vous répondiez la baleine bleue mais bien les némertes ! Oui, le record de longueur se trouve chez l'espèce Lineus longissimus qui atteint, tenez vous bien, plus de 55 mètres ! Pas mal pour un drôle de ver. Vit-il dans les abysses me demanderez vous ? Dans un océan lointain ? Pas du tout, on peut le retrouver sous les rochers à marée basse, un peu partout en Europe. Evidement 55 mètres est un record, si vous vous attelez à chercher de longs némertes vous même vous en trouverez peut-être certains de "seulement" quelques mètres de longs. Ce qu'il y a de rigolo avec ces longs némertes c'est qu'ils se mettent en boule, ainsi on ne remarque pas leur longue longueur. De véritables sacs de nœuds croyez moi. Et pourtant ils sont délicats et se cassent très facilement. Maîtres de la régénération, ces animaux ont beaucoup été étudiés pour ça, ces sadiques zoologistes allant même jusqu'à faire fusionner des bouts de némertes d'espèces différentes ! Mais ce n'est pas pour autant qu'ils sont simples et j'espère qu'à la fin de cet article je vous aurait convaincus. Ces animaux sont généralement légèrement aplatis dorso-ventralement. On les appelle d'ailleurs aussi « vers rubanés » car ils ont la forme de longs et gracieux rubans. Mais les némertes ne sont pas seulement marins et ont colonisés tous les milieux ! Ces terribles prédateurs / charognards (oui, souvent les deux vont de paire) ont investis aussi les eaux douces (ex : Prostoma graecense) et le milieu terrestre (ex : Argonemertes dendyi) ! Mieux encore, certains ont décidé d'acquérir plus de légèreté et sont capable de nager (ex : Nectonemertes mirabilis). D'autres sont même parasites (ex : Carcinonemertes errans chez certains crabes). Il n'y a donc que les airs qu'ils n'ont pas encore envahis...

Les parenchymiens: les nemertes
Voilà à quoi ressemble un némerte en position naturelle, un sacré sac de noeuds !

Les parenchymiens: les nemertes
Voici un apreçu de la diversité des némertes.

Leur caractère le plus remarquable est le "proboscis". C'est une trompe qu'ils ont usuellement à l'intérieur de leur corps et qu'ils peuvent déployer en la retournant. En gros la surface qui était à l'intérieur se retrouve à l'extérieur lorsque la trompe est déployée. Ce processus que l'on trouve chez beaucoup d'animaux est appelé "dévagination"... Et oui, l'étymologie vient bien de "vagin"... Cessez donc de ricaner tout de suite ! Cela signifie donc littéralement "retourner le vagin". Bon, ça suffit là arrêtez de pouffer ! Le proboscis, donc, est violemment expulsé sous l'effet des fluides contenus dans... Je vous surveille ! Bref, des fluides contenus dans une cavité appelée rynchocoele. Cette cavité est assez spéciale. Souvenez vous (allez, un effort) j'ai parlé plusieurs fois du concept de "coelome" sur ce blog, qui est une notion importante en morphologie des animaux. Je l'ai introduite surtout lors de l'article sur les Echinodermes. Pour court rappel il y a trois tissus d'origine embryonnaire : l'ectoderme (celui de l'extérieur), le mésoderme (le milieu) et l'endoderme (l'intérieur). On divisait classiquement les animaux en cœlomatesacœlomates ou pseudocœlomates (le cœlome est une cavité délimitée par des tissus d'origine mésodermiques). Jusqu'à ce qu'on se rende compte que cette division était assez confuse et n'avait aucun sens évolutif (ces configurations apparaissent un peu aléatoirement dans l'arbre évolutif des animaux). Sur la classification que je donne à la fin de l'article (et qui est fausse par ailleurs !) les némertes sont placés dans les "parenchymiens" (ce groupe n'est plus accepté mais je le garde par soucis pédagogique), avec les plathelminthes. Et rappelez vous les plathelminthes n'ont pas de cœlomeChez les parenchymiens, le corps est rempli de cellules, il n'y a pas de cavité interne. Ce tissus est appelé mésenchyme. Cependant chez les némertes on ne sait pas bien d'où il provient, cela peut-être le mésoderme ou l'épiderme ! Alors que chez les plathelminthes il provient du mésoderme. Si on en reste là, les némertes n'ont pas de cœlome. Mais revenons en à ce rynchocoele ! C'est une cavité qui contient le proboscis. Et selon les auteurs le rynchocoele est une cavité cœlomique ou pas. Ah oui, on pense que la morphologie c'est simple, il suffit de regarder pour comprendre mais non, l'interprétation d'une structure morphologique est chargée de théorie ! Je vous renvoie à cet article qui traite de ce problème : "remaniements dans la phylogénie des animaux". Continuons quand même à parler de cette structure qui est quand même le caractère spécial des némertes, leur "synapomorphie". On parle de proboscis c'est à dire que cette trompe n'est pas connectée à l'appareil digestif. Mais le rynchocoele donne sur une cavité à l'avant le rynchodeum. Tout ça ira mieux avec un schéma :

Les parenchymiens: les nemertes
Voici un schéma de némerte avec le proboscis invaginé puis dévaginé.


Bon mais vous me demanderez probablement à quoi sert ce proboscis à part embrouiller les zoologistes et les lecteurs de cet article ? Et bien les némertes s'en servent comme d'un lasso qu'ils déploient soient pour se déplacer (voir la vidéo plus loin) soit pour attaquer leur proies, donnant lieu à de terribles et épiques batailles. Le proboscis porte même des épines de calcaires à l'extrémité appelées « stylets ». C'est donc bien une arme redoutable utilisée par nos preux amis les némertes. Cette trompe peut faire jusqu'à deux fois la taille du corps, imaginez donc un némerte déjà long vous sortir une trompe deux fois plus longue que lui... Oui ça triple de taille. Alors déjà que les némertes sont capables de s'étirer considérablement, entre un némerte contracté proboscis rentré et un némerte décontract proboscis sortit... Oui ces animaux sont surprenants. Pour finir sur cet incroyable, que dis-je formidable organe, notez le muscle rétracteur qui relie le fond du rynchocoele avec l'extrémité du proboscis. Cependant chez certains némertes ce muscle n'existe pas et tout se fait grâce à la pression des fluides internes provoqué par des contractions musculaires de la cavité. Oui les nemertes ont beau avoir l'air difforme ce sont des animaux très musculeux. Bref le proboscis est un formidable outil et l'ont pourrait presque imaginer les nemertes s'en servir comme une main... Peut-être qu'un jour ils dominerons le monde... Bwahahahaha !



Un némerte terrestre sortant son proboscis... Tenez vous bien à votre chaise c'est impressionnant !


Mais croyiez vous que j'en avait fini avec eux ? Pas du tout ! Par exemple leur tube digestif n'est pas droit et simple et est différencié en compartiments . Certains nemertes semblent même rappeler les annélides puiqi'ils sont annelés, et ces anneaux se superposent aux différents compartiments du tube digestif (genreAnnulonemertes). De plus, bien qu'ils soient relativement aplatis, ils ont quand même un système circulatoire. Oui, beaucoup d'animaux longs et aplatis n'en n'ont pas, notamment lorsqu'ils vivent en milieu aquatique ou humide, simplement parce que l'oxygène passe directement par la peau et les nutriments peuvent circuler dans les liquides internes. Or on l'a vu, les némertes ont le corps remplis de ce mésenchyme, comme les plathelminthes qui eux n'ont pas de système circulatoire. La présence d'un système circulatoire chez les némertes est donc contre intuitive. Mais bon, les résultats de l'évolution eux même sont contre-intuitifs donc on ne va pas cracher sur toutes ces merveilles ! Et selon les auteurs, ce système circulatoire serait soit ouvert(débouchant dans des cavités) ou clos (tout serait contenu dans des vaisseaux). Les némertes ont même des pigments respiratoires (c'est à dire des molécules transportant l'oxygène) avec de l'hémoglobine, ce que n'ont pas tous les organismes à système circulatoire.



Comme je ne savais pas trop quoi mettre entre ces deux paragraphes, vous avez en bonus une vidéo d'un némerte se servant de son proboscis pour attaquer une annélide... La pauvre...


Mais les némertes ont une vie palpitante et comme beaucoup d'animaux ont une larve. La plus commune et la seule dont je vais parler est la larve pilidium, mais sachez qu'il existe aussi la larve de Desor et d'Iwata. La larve pilidium, qui comme toutes les larves (vous devez me voir venir) est trop choupiiiiiiiiiiie. Elle se retrouve dans le plancton et ressemble à une petite toupie avec une touffe de cils sur la « tête » (enfin ce ne sera pas la tête mais c'est le haut de la larve) et est planctonique. Cette partie ressemble à un « chapeau ». Cette touffe est dirigée dans le sens de déplacement probablement pour tâter c'qu'il y'a d'vant. Grâce aux cils qui recouvrent sont corps, cette larve peut se déplacer mais aussi jouer sur le courant pour amener les particules alimentaires à sa bouche (oui elles ne sont pas attirées d'elles même par la force de l'adorabilité). Sous se chapeau se trouve deux ganglions nerveux. Le tube digestif est clos c'est à dire que la larve n'a pas d'anus. Il est divisé en une bouche, un œsophage, un estomac et un intestin. La larve a déjà un mésenchyme dont l'origine est douteuse comme je l'ai dit, il semble que cela dépend des genres. Puis intervient la métamorphose. Plus ou moins à l'inverse du papillon où le ver précède l'animal flottant dans le milieu environnant, ici c'est un ver qui va sortir de l'enveloppe larvaire. Le proboscis n'est alors pas formé et apparaîtra ensuite. L'épiderme se formera à partir de disques ectodermiques présents chez la larve donnant aussi d'autres structures d'origines épidermiques. Voilà un peu pour les grandes lignes (pour ça les némertes sont experts) du développement des némertes.

Les parenchymiens: les nemertes
Une larve pilidium colorée par immunofluorescence. Comme ça en plus d'être choupie elle est jolie !


Un peu de classification maintenant ! Hey oui, c'est mon domaine, il fallait bien que j'en parle un peu ! Je ne vous parlerai que des groupes considérés monophylétiques dans l'arbre que je vous donne en bas :
-Les Heteronemertes dont le centre nerveux (le cerveau en gros) est situé après la bouche et qui ont plusieurs stylets au niveau de ce derniers (ils piquent plus !).
-Les Paleonemertes, pareil que les Heteronemertes sauf qu'au lieu d'avoir un cerveau situé entre l'épiderme et la musculature juste en dessous ont un cerveau qui se trouve plus profondément dans la musculature qui se trouve sous l'épiderme.
-Les Hoplonemertes qui ont le cerveau au niveau de la bouche (ce n'est pas pour autant qu'ils ne pensent qu'à manger) et situé dans la musculature qui se trouve sous l'épiderme. Ils sont divisés en :
-Polystilifera qui, comme leur nom l'indique ont plusieurs stylets au niveau du proboscis (rien de bien excitant je vous l'accorde) mais qui ont le tube digestif avec des diverticules (youhou, enfin de l'action !)
-Monostylifera qui, comme leur nom l'indique on un seul stylet... Ouais c'est trop stylé (j'ai bientôt fini l'article, après je sort).

Les parenchymiens: les nemertes
Classification des némertes de Andrade et al. 2011. Vous devez bien sûr m'apprendre ça par coeur pour... Tout de suite !


Au niveau de leur position phylogénétique par rapport aux autres grands groupes d'animaux, ils ont longtemps été considérés proche des plathelminthes sans qu'on sache bien pourquoi (si ce n'est le mésenchyme mais comme je vous l'ai dit c'est bof bof). Des vers mou et un peu aplatis ! Allez hop, dans le même sac ! Pas très sérieux ces zoologistes ! On les considère maintenant assez proche des annélides et des mollusques pour leur larve et leur développement. Mais certains études ont réussi à les placer proches brachiopodes, des organismes dont je parlerai plus tard. Bref, il semble que leur place dans l'arbre évolutif des animaux soit encore incertaines, voyons donc ce que l'avenir nous dira !

Et voici pour les némertes. Et ben, j'ai réussi à beaucoup en parler alors qu'en général ils sont à peine évoqués en cours de zoologie. Comme quoi les organismes auxquels on s'intéresse le moins ont parfois (souvent) plein de surprises ! Et c'est normal, moins on s'y intéresse et plus ils ont de mystère qu'il leur reste à nous délivrer ! Un long article pour des animaux aussi longs... Ils le méritaient !



Une vidéo d'un looooong nemerte pour la fin, vous aurez remarqué que les némertes ont en plus souvent de jolies couleurs !


Les némertes sont des:
-Bilateriens
-Lophotrochozoaires
-Eutrochozoaires
-Spiraliens
-Parenchymiens (il n'y a pas de cavité corporelle (ou cœlome) mais les organes baignent dans un tissu lâche appelé le parenchyme, ce clade est extrêmement discutable)
-Némertes

lundi 5 décembre 2011

Les turbellariés (groupe paraphylétique)

Bon, ok, les "turbellariés" ne sont pas monophylétiques. Mais bon, au moins, ils sont jolis. commençons tout de suite par nos deux compères les Acoela et les Nemertodermatida. Ces deux ex-ordres de "turbellariés" ne sont actuellement plus considérés comme des plathelminthes malgré une morphologie vaguement similaire. Mais je reviendrai sur nos deux comparses bien plus tard.

Les "turbellariés" (les vrais mais qui sont faux puisque paraphylétiques... Vous me suivez hein?) sont des plathelminthes libres (ce ne sont pas des parasites), on les surnomme aussi planaires pour un grand nombre. Les "turbellariés" portent un pharynx central (une bouche quoi, enfin quand ils s'en servent de cette façon, souvenez vous, bouche et anus sont confondus chez les plathelminthes) qu'ils peuvent étendre comme une paille pour manger leur proie et en aspirer les fluides corporels, ou boire un chocolat chaud, bien que ce comportement n'ai pas été répertorié. Les "turbellariés" se déplacent avec des cils... Non, ne les imaginez pas cligner frénétiquement des yeux, ces cils sont des structures cellulaires en forme de "poil" disposées sur tout le corps. D'ailleurs "turbellarié" vient de "turbell" en latin qui signifie tourbillon en référence aux tourbillons d'eau que créent leur cils à la surface de leur corps et leurs permettent de se déplacer. Cela assure à certains un déplacement d'une extrême fluidité, comme s'ils glissaient sur le substrat (la surface). Mais certains peuvent nager, en voici un exemple qui pique les yeux de beauté :



Les "turbellariés" occupent tous les milieux : aquatiques marins et d'eau douce, et terrestre. Comme tout plathelminthes, ils n'ont pas de système circulatoire ou respiratoire. En effet, leur amusante forme plate permet aux gaz d'avoir une large surface d'échange avec le l'épiderme (la peau quoi). De plus, rappelez vous, les plathelminthes n'ont pas de cœlome (article précedent renvoyant lui même sur les échinodermes). Ils ont au sein de leur corps un tissus lâche qu'on appelle le mésenchyme, c'est au sein de celui ci que circuleront les gaz et les nutriments. D'ailleurs, le tube digestif des turbéllariés est en général très circonvolutioné, c'est à dire qu'il est ramifié et fait des tours et des détours. Ainsi les nutriments sont répartis plus équitablement dans le corps de l'animal et tout le monde est content. Je ne vais pas vous faire la liste des groupes de "turbellariés", ce serait fastidieux même s'il y a plein de choses à dire et à voir.

Les plathelminthes se divisent en deux groupes : les caténulides et les rhabditophores. Les caténulides sont de tout petits vers sans forme particulière qui peuvent se reproduire en formant une chaîne d'individus qui se détachent ensuite. Les rhabditophores sont tous les autres plathelminthes et ils portent des rhabdites... Voilà. Ha vous ne savez pas ce que sont les rhabdites ? Mais enfin, c'est évident ! Rhabdo signifie baguette. Les rhabditophores ont des cellules glandulaires qui produisent des petits bâtons. Une fois ces bâtons libérés ils vont produire du mucus (c'est tout gluant en gros) ce qui permet entre autre la protection et le déplacement de l'animal.

Les plathelminthes: les turbellariés (groupe non strict)
Un caténulide... Ouaip, il ne ressemble pas à grand chose !

A propos de leur développement, il existe plusieurs type de larves chez les "turbellariés". Trois en tout. Une chez les caténulides : la larve de Luther. Malheureusement je n'ai pas trouvé d'image de cette larve qui je l'imagine doit être toute choupi. C'est simplement une larve ciliée vermiforme et qui nage. Chez les Rhabditophora, on trouve deux types de larves : la larve de Müller et la larve de Götte. Ces deux larves, cilléeselles aussi, ne sont pas exclusives. En effet, chez certains "turbellariés", comme les ceux du genre Stylochus, la larve Götte survient en premier puis arrive la larve Müller. Le problème avec les larves c'est que ce n'est pas toujours bien clair ce qu'on appelle larve et si deux larves qui portent le même nom sont vraiment similaires... Je n'ai malheureusement pas de photo non plus de la larve Götte. Mais séchez vos larves ! J'ai quand même trouvé une magnifique photo de la larve Müller. La larve Müller est, comme toutes les larves elle aussi choupinette et a des expansions comme des bras : 8 en tout. Elle possède des bandes de cils qui lui servent à nager. Chez la larve Müller, cette bande de cils appelée la prototroche (de proto : premier et troche : touffe, c'est t'y pas meugnon ?) court le long des bras. Ces bras font d'ailleurs office de terribles tentacules pour la capture des proies. La larve nage en tournant sur elle même... Et là vous m'attendez justement au tournant ! Oui c'est chou !

Les plathelminthes: les turbellariés (groupe non strict)
Une larve Müller d'Oligocladus.

Les plathelminthes: les turbellariés (groupe non strict)
Un magnifique Stylochus qui a une larve de Götte puis de Müller.

On retrouve certains "turbellariés" en grande quantité dans les eaux douces : les Dugesia et les Polycelis. LesDugesia sont très rigolos parcequ'ils louchent... Les Polycelis eux ont plein d'yeux sur les cotés (enfin pour ces deux platheminthes, ce seront plutôt des "ocelles" que des yeux, des organes permettant d'apprécier les différences de luminosité et d'ombres mais pas les formes). Les Dugesia ont une incroyable capacité de régénération et les scientifiques ont passé des heures à les découper dans tous les sens pour les étudier. Il m'est arrivé une fois de découper en deux par mégarde un Dugesia... Les deux bouts sont partis chacun tranquillement de leur côté ! Si vous voulez voir ces drôles de bêtes rien de plus simple, on les trouve souvent dans les eaux douces sous les cailloux parfois en très grand nombre.

Les plathelminthes: les turbellariés (groupe non strict)
A gauche, un Dugesia qui louche, à droite un Polycelis avec plein d'yeux (ocelles) !

Les Dugesia sont en général comme beaucoup de "turbellariés" charognards ou mollement prédateurs. Mais certains sont au contraire bien plus actifs comme le Bipalium, terrible prédateur terrestre de vers de terre et mollusques. Cet habile chasseur va suivre la trace de mucus de ses proies, très probablement grâce à ces deux moustaches. Mais ils ont beau être terribles ils peuvent avoir aussi de très belles couleurs. Couleurs dont on est pourtant plutôt habitués en milieu marin !

Les plathelminthes: les turbellariés (groupe non strict)
Un Bipalium qui par ses couleurs imite les vers marins. Remarquez la tête en forme de hache qui sert probablement à pister les malheureuses proies.

Tous les "turbellariés" ne sont pas libres (ni égaux, certains sont incontestablement plus beaux ou mignons que d'autres), certains sont commensaux, voire légèrement parasites d'autres organismes aquatiques. Spéciale dédicace aux temnocephales qui sont, il faut le dire, ultra adorables. Ces petits vers boudinés à tentacule, sont parasites de crustacés, punaises et autres escargots d'eau douce. Ils ont une petite ventouse à l'arrière et une trompe à l'avant... Et des petits tentacules tous mignons!

Les plathelminthes: les turbellariés (groupe non strict)
Une collection de tout mimis temnocephales !

Les turbellariés sont des:
-Bilateriens
-Lophotrochozoaires
-Eutrochozoaires
-Spiraliens 
-parenchymiens (il n'y a pas de cavité corporelle (ou cœlome) mais les organes baignent dans un tissu lâche appelé le parenchyme) 
-Platheminthes

lundi 5 septembre 2011

Les plathelminthes

Les platheminthes, encore des animaux qui bien qu'appartenant à un groupe au nom barbare incluent des personnages que vous connaissez. J'ai nommé le ver solitaire (avec qui, finalement vous ne l'etes pas) et leschizostome, certains ne le connaissent peut-être pas mais c'est une cause importante de mortalité (humaine) dans le monde. Tout cela n'a pas l'air joyeux me direz vous et bien si! D'une ces parasites bien que peu râgoutants ont des cycles de vies tortueux et fascinants mais de deux, tous les platheminthes ne sont pas de méchants squatteurs du corps d'autres animaux. Un bon nombre sont de gracieux nageurs aux milles couleurs, d'autres sont de discrets et adorables habitants des mares, d'autres encores sont de terribles predateurs. Comme leur nom l'indique, les plathelminthes ou "vers plats" sont plats. 


Les plathelminthes

Un ver plat, plat comme il faut !


Ce groupe est décrit comme "acoelomate". Pour une (courte) explication de ce qu'est le coelome allez voir à l'article sur les échinodermes. En fait le mésoderme ne se creuse pas, il n'y a pas de cavité en son sein. On estimait avant que les platheminthes étaient par ce fait primitifs, de pauvres petits trucs rampants ou parasites. Aujourd'hui on considère tout l'inverse: leurs ancêtres auraient eu un coelome mais il se serait bouché (ou ne se serait plus ouvert) dans cette lignée. Les plathelminthes auraient donc une forme de coelome si évoluée qu'on le prend alors pour une absence de coelome. Comment sait-on ça? Par laphylogénie! Les Plathelminthes se situent en plein milieu d'autres coelomates (Ceux justement qui ont un coelome) dans l'arbre du vivant. Evidement cet arbre du vivant prend en compte plein d'autres caractères de nos caracteriels plathelminthes et de leurs amis coelomates et ne se base évidemment pas sur le coelome uniquement.


Les plathelminthes
L'arbre évolutif (ou phylogénie) des animaux, très simplifié. Les brachiopodes, les arthropodes, les échinodermes, les annélides par exemple ont un coelomes. Les plathelminthes eux sont en plein milieu de ce fouillis.


Autre "simplification" (puisque vous le voyez, ce n'est justement pas si simple) des plathelminthes, nos chers (plus ou moins pour les parasites) vers plats, n'ont qu'un seul orifice digestif. Je vous le rappelle, vous en avez deux orifices digestifs (sisi! La bouche et l'anus, oui, en biologie "anus" s'utilise sans complexe, ne rigolez pas bêtement!). Or les plathelminthes en ont un seul! Evidemment, c'est une réversion et leurs ancêtres en avaient deux.

Pour leur morphologie générale je serai assez succin. En effet, entre les formes libres et parasites, ça peut énormément changer, surtout qu'en général chez les parasites beaucoup de caractères sont perdus(Evidemment c'est plus subtil que ça). De plus je le develloperai plus loin. Autant vous réferer à ce schéma ci dessous, avec pleins de mots barbares. Vous ne comprendrez peut-être pas tout mais ça vous donnera peut-être une idée générale de leur anatomie qui n'est pas remplie de surprises (selon moi hein) mis à part les deux points que j'ai évoqués ci-dessus. Signalons toutefois le système nerveux en "échelle" formé de cordons nerveux allant de l'avant vers l'arrière reliés "transversalement" par des "commissures en anneaux". Imaginez plusieurs anneaux nerveux reliant les cordons courant d'un bout à l'autre de l'animal.


Les plathelminthes
Un schéma de l'anatomie d'une planaire.


Parlons un peu du parasitisme. Beaucoup de plathemithes sont des parasites, mais qu'est-ce qu'un parasite? Usuellement le parasitisme est une relation durable entre deux organismes où l'un est lésé et l'autre tout content (le parasite). Mais les choses sont en fait plus compliquées. A partir de quand une relation est durable? Un prédateur qui met du temps à manger sa proie est-il un parasite? ha, le parasite devrait laisser sa proie en vie, sinon c'est un parasitoide (voir Ichneumon). Oui mais voilà, entre tuer et rendre malade, dans la nature il n'y a qu'un pas. Bon, et si c'etait une relation exclusive entre deux espèces? Le parasite est spécialiste d'une espèce? Oui, mais certains parasites passent par plusieurs espèces. Bon, mais si c'est une espèce par cycle? Ne discutons pas de la notion d'espèce... Mais beaucoup d'organismes sont considérés comme parasites et peuvent passer d'une espèce à l'autre... Bon retentons: le parasitisme est une relation durable négative et l'hôte est nécessaire pour la reproduction. Encore là ça se discute, mais trève de bavardage, vous voyez où je veux en venir... Enfin, prenez quelques critères là dedans, melangez le tout et vous êtes sûrs d'avoir une définition du parasitisme qui a été proposée quelque part. Il y en a autant de notions qu'il y a d'auteur. Une chose est sûre, les parasites c'est pas cool (encore que). Bon, une chose est vraiment sûre, c'est passionant et surtout il n'y a pas de limite objective pour définir le parasitisme, ça prend en compte trop de critères trop durs à trancher. Ceci dit, c'est un concept écologique bien pratique!

Pour ce qui est de leur position phylogénétique il y a de quoi discuter. Ici j'indique que ce sont des lophotrochozoaires spiraliens (cf annélides). Mais comme je le dis dans l'article annélides le groupe des spiraliens ça se discute. En fait ça se discute particulierement à cause des plathelminthes. Mais ils sont où alors? Un autre groupe étrange a été proposé grace à la comparaison de l'ADN c'est celui des Platyzoa. Si certaines des bêbêtes au sein de ce groupe ont des rapports morphologiques presque évidents, ce n'est pas le cas pour d'autres. Entre autres les playhelminthes. Bref, il y a encore du mystère à résoudre. En tout cas je garde ici les spiralia pour rester homogène avec la "classification phylogénétique du vivant".

Usuellement, les platheminthes sont divisés en quatres classes. Ne me demandez pas si elles sont monophylétiques je n'en sait rien, mais comme cette distinction est en générale effectuée considerez la comme seulement pratique et non pas phylogénétique. Je les develloperai dans les articles suivant, je ne vais donc pas m'etendre là dessus:
Les turbéllariés: des platheminthes non parasites. Les Monogenes, parasites à un seul hôte (les fidèles). Lestrematodes et les cestodes, parasites à plusieurs hôtes (Les libertins).

Les Plathelminthes sont des:
-Bilateriens
-Lophotrochozoaires
-Eutrochozoaires
-Spiraliens
-Parenchymiens (il n'y a pas de cavité corporelle (ou cœlome) mais les organes baignent dans un tissu lâche appelé le parenchyme, ce clade est extrêmement discutable)
-Plathelminthes


Les plathelminthes
Pour finir deux images de plathelminthes : à gauche un magnifique platheminthe libre en train de nager, à droite un horrible parasite. Comme quoi il y a de la diversité chez nos vers plats !